Comme chaque année depuis sa création, Echoradar propose des articles originaux et inédits à travers ses dossiers thématiques (un l'hiver, l'autre l'été). Si le dossier estival 2019 ne déroge pas à la coutume, il possède en revanche une saveur particulière puisqu'il a lieu cinq ans après la création du webzine et de l'association. Il était donc impératif de fêter cet anniversaire en vous proposant de revenir sur les faits qui ont marqué chacun des membres du collectif. J'ai choisi, pour ma part, de revenir sur les tribulations du Rafale qui n'est pas passé loin de la catastrophe industrielle. Je vous souhaite une bonne lecture de cet article et des suivants ainsi que de passer un bel été, de préférence en vacances.
En une poignée d’années, l’avion de
combat omnirole Rafale de l’avionneur Dassault s’est imposé auprès de
plusieurs pays, soucieux de disposer d’un avion de combat performant et
éprouvé. Et pourtant ! De la coupe aux lèvres, le breuvage fut amer
durant plus de deux décennies, les moqueurs se le disputant aux
Cassandre : trop performant, trop cher, ce bel avion ne se vendrait
jamais. Retour sur l’un des travers franco-français qui de fiasco est
devenu un véritable succès industriel ainsi que d’influence.

Retour sur image
Imaginé dans les années 70, développé
dans les années 80 et 90, les premiers appareils commencèrent à être
livrés d’abord à l’Armée de l’air française en 2001 puis à l’Aéronavale
en 2002, avec cinq années de retard. [1] Las, le bijou technologique que
de nombreuses autres armées devaient nous envier, débutait sa carrière
la coiffe de radar baissée et, surtout, sans aucun contrat
d’exportation. Une première si l’on se réfère aux précédents programmes à
succès de l’avionneur (Mirage 3 et Mirage 2000 en particulier). Corée
du Sud, Pologne, Singapour, Arabie Saoudite, Maroc, Suisse ou Brésil, la
liste des échecs du meilleur avion de combat de sa génération
ressemblait à la longue litanie de défaites commerciales successives et
parfois cinglantes. [2]
Le 16 février 2015, l’Égypte signe le
premier contrat export mais aussi premier contrat historique. Il aura
en effet fallu attendre 27 ans pour vendre un premier lot de 24 Rafale à
un autre client que l’État français. [3] Suit un autre lot de 24
appareils, pour le Qatar cette fois, en décembre 2015, avec une option
levée en 2017 pour 12 appareils supplémentaires. En septembre 2016,
l’Inde signait pour un lot de 36 appareils. En moins de deux ans, une
centaine d’appareils venaient d’être vendus et les premiers exemplaires
livrés à l’Égypte. Loin de s’arrêter à ces premiers succès, l’équipe
Rafale France escompte vendre encore 215 appareils supplémentaires : 167
à l’Inde, 36 au Qatar et 12 à l’Égypte, sachant que l’avion est proposé
à plusieurs appels d’offre comme en Suisse et en Finlande.
La gifle du “contrat imperdable” (et ses vertus)
Si les raisons de l’échec initial de
vente du Rafale sont connues, elles sont pour l’essentiel politiques.
Vendre de l’armement et, a fortiori, des avions de combat est une
décision politique avant tout. Elle symbolise l’équilibre que peut
rechercher un client afin de diversifier ses fournisseurs, l’Inde en
étant l’une des illustrations les plus éclatantes. Elle indique aussi
l’état d’une relation bilatérale entre deux nations : la « lune de
miel » entre l’Égypte du président Sissi et les différents gouvernements
français n’est pas étrangère à la vente des premiers Rafale mais aussi
d’une frégate de type FREMM [4] et des deux BPC [5] prévus initialement
pour la Russie. A l’inverse, un rafraîchissement de la relation voire la
manifestation d’un désaccord notable peuvent se traduire à travers les
(non) contrats d’armement.

(Source)
Enfin, il ne faut absolument pas
négliger le rôle des avionneurs concurrents, certains très soutenus par
leurs gouvernements, pour perturber voire savonner la planche des
négociations. A ce stade, il est utile de se rappeler régulièrement du
cuisant échec du Rafale au Maroc. Cette défaite franco-française du
« contrat imperdable » [6] aura cependant permis la constitution d’une
équipe France qui depuis fédère les militaires, les diplomates,
l’avionneur et ses partenaires de premier rang. La dynamique positive
qui existe depuis plusieurs années pourrait à nouveau voir se profiler
de nouveaux succès à l’exportation. Les premiers Rafale au standard F4
arriveront dès 2023 dans les forces françaises : plus connecté, plus
puissant, doté d’un nouveau radar à antenne active et de systèmes
électroniques et optroniques améliorés, de nouveaux armements, etc.
l’avion sera encore plus redoutable, tant du point de vue opérationnel
que de la concurrence.
[1] le 30 avril 1987, le premier ministre Jacques
Chirac précise au salon du Bourget en juin 1987 que le Rafale équipera
l’Armée de l’air et la Marine nationale à partir de 1996 – Source Wikipédia
[2] se référer à notre article avant-gardiste qui
indiquait en décembre 2014 pourquoi nous pensions à EchoRadar que
l’avion allait (bien) se vendre :
https://echoradar.eu/2014/12/03/dix-raisons-pour-lesquelles-le-rafale-va-se-vendre/
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